catherine pachowski



Exposition L'Ile de la Dérivation, dossier de presse PDF

14.12.09 - 9.01.10, Galerie de L'Age d'Or, Paris 13e

« Autre liste des oeuvres »

par Annabela Tournon


1. La silhouette frontale du garçon est pétrifiée dans le fond. Ses mains écartées permettent un dessin net. Sa face et l’intérieur du corps sont comme pris dans le bloc. Pareillement, ses pieds sont figés, dans l’eau, avec ce corps tronqué, sans visage. Le geste détaché du mouvement n’augure aucun récit. Seul l’éclat minéral de la composition, et la blancheur d’une chair arrondie par l’ombre donnent une présence, sculpturale, à l’enfant. 2. Le personnage est maintenant à visage découvert. Il se tient un peu courbé, et tourné vers la droite. Dans une main il a une boîte de couleurs. Il porte un manteau de laine, de fil d’Ecosse. Il porte aussi un chapeau de feutre mou. Derrière lui, une parcelle de forêt où les arbres ont été coupés. Des fougères et des arbustes, quelquefois des branches partant des souches. 3. Femme au bonnet phrygien, ou quelque soit son nom, à la rougeur au visage. Ses bras sont repliés et ses mains disparues dans la veste en duvet. Elle regarde vers la droite en haut (peut-être un oiseau au dessus de la tête). La question n’est pas d’imaginer, n’est pas de lire, interpréter, déchiffrer. L’histoire ? Tenir au contraire la photographie pour ce qu’elle est, un plan qui séparerait symétriquement : d’une part, l’histoire de cette femme finalement prise en photo ; et d’autre part, celle du spectateur finalement face à la photo. Comment ils ont vécu... comment ils sont arrivés là... Sans doute les réponses n’éclairent rien, mais au fond il s’agit seulement de tourner autour. 4. A l’horizon de l’image : un homme allongé à travers. Son corps prolonge, en l’étalant, l’agenouillement. Pas de sommeil ni de souffrance, mais un geste. Le signe d’une certaine disposition-à ? Le décor fait entrer le regard jusqu’à ce point de l’image, après quoi, la vue est ramassée dans un creux sans perspective. Au fond : les arbres, mais tout aussi bien, un rideau. 5. Une photographie américaine (ce chien stupide) ? Les agaves sont plantées au bord du parapet. Le cadre est autrement offert par le muret, par la maison fragile du fond (une maison en planches sinon rien, un balcon en pin, une terrasse en lambris). La lumière traverse la palme rayurée du palmier. L’ocre et le rouge sont des terres nouvelles. 6. L’image est sans motif. Hamac comme l’un des noeuds d’une toile gouttelée (les échos d’une oeuvre à l’autre). Tout est perlé de lumière, les herbes, les fils, les bouts des feuilles. Tout est dentelé d’une lumière cuivrée. Personne dans le hamac : le hamac est personne. L’automne au Canada, dans les forêts de feuillus en Europe. 7. C’est la jeune fille devant l’arbre. Sept. C’est le wagon, la cabine cernée des rideaux rouges de l’hiver. De profil mais de face. Deux banquettes désuètes, une situation de charme, et malgré la tapisserie, le vide du cadre dans le cadre. 8. Jeune fille tachetée loin des bals. Dans un moment de rituel avec les mains, mais tout aussi bien, en train de jongler les yeux en attente. L’écorce et les tâches de lumière trament une seconde peau sur le corps contenu dans le visage. Pas d’expression mais le signal d’une arrivée par en haut (encore). 9. Dans le tas de vêtements, une présence par le volume. La peau est lisse au point de ne suggérer aucune intériorité. Les vêtements sont colorés par une lumière de moment du jour, tranquille. Pas t’attente. Pas de regard, suivant une description négative, quand les oeuvres parlent, elles, avec l’irritante positivité des choses. Une grammaire pauvre de mots masquant/masqués, et les dédoublements de l’image dans les insistances, ses hésitations. 10. Photographie synthétique. Jeune fille aux regards bleus. Au geste d’ancien régime ou de danse lointaine ? Dans une pose d’héroïne pas encore parvenue. Les mains évoquent le futur personnage. Le décor s’écrase autour, offre le silence et le contour « la forêt ».


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